Euh, excuse-moi, mais tu fuis des poches…

Avant, je faisais un peu partie de ceux qui râlent dans toutes les conférences que le wifi est mauvais ou nul, que ça capte pas dans l’amphi, tout ça. Et puis j’ai réalisé que les choses n’étaient pas si évidentes…

La pyramide de la hiérachie des besoins de Maslow, fameusement détournée et mise à jour. Pour en savoir plus http://fr.wikipedia.org/wiki/Pyramide_des_besoins

La pyramide de la hiérarchie des besoins de Maslow, fameusement détournée et mise à jour. Pour en savoir plus.

 

Depuis une dizaine d’années, à Lurs, pendant les Rencontres, nous ouvrons le Wifi à tous. Au début, vous savez quoi ? C’était audacieux, innovant, tout ça quôa. Déjà, on me signala que j’étais le premier à appeler France Télécom pour ouvrir une ligne ADSL sur le village. Et ce n’était pas si facile : Wanadoo, ainsi nommé à l’époque, n’avait pas prévu le coup du multi-utilisateurs, et du partage, ainsi quiconque se baladait sur le web pouvait relever NOS mails sur leur site :-) La hotline complètement incompétente soupçonnait le mac et me demandait d’utiliser Windows pour naviguer sur internet. Tout ça tout ça : « Je vous parle d’un temps… »

Alors ensuite, ça marchait fort bien. Quelques personnes s’installaient dans un coin à l’ombre sur la terrasse, au frais dans un escalier, ouvraient leur ordinateur portable de temps en temps et téléchargeaient leur mail avec un sourire plein de reconnaissance pour notre générosité. Voilà comment c’était cool.

Mais depuis quelques années, le réseau est devenu très mauvais. Impossible de se connecter, mauvaise réception, la plupart du temps et des lenteurs importantes. Alors on a acheté des répéteurs pour améliorer ça. En vain. J’ai pensé que le problème était technique, et puis j’ai réalisé que pas seulement…

J’ai compris cet été, en regardant le public, et mes poches, que nous saturons le wifi dès que nous arrivons. Ce n’est pas nous qui utilisons le wifi, ce sont nos devices. Car pour nous, je veux dire nous les utilisateurs, plus de bande passante disponible. Les appareils conversent tous seuls sur le réseau et le saturent. Ils le font silencieusement. Dans le champ du wifi, nous émettons des données toute la journée. Nos poches quoi.

Je regarde la salle. Il y a ceux qui prennent des photos avec leur téléphone, plusieurs dizaine par jour. « Mon Flux de photos » se charge de les envoyer dans le cloud en douce (on en a assez parlé ce mois-ci avec l’affaire des nus volés). Ce sont donc des dizaines de mega-octets, des centaines souvent, par utilisateur, à uploader. Multiplions par une trentaine, vu la fréquentation c’est un minimum, cela nous fait quelques gigas, dizaine de gigaoctets à expédier. Et vous le savez, l’ADSL n’aime pas l’upload, comme son nom l’indique, le débit en est asymétrique et le trafic ascendant bloque quasiment le descendant.

Ajoutez les tablettes, et ordis, qui dès que vous les ouvrez télédéchargent ces images, et hop rebelotte dans l’autre sens. Mais ce n’est pas tout, il y a aussi les Dropbox, Drive et autres disques virtuels qui se synchronisent, et les Evernote qui rafraîchissent leur cache et des dizaines d’autres connexions silencieuses (Réseaux sociaux, géolocalisation par wifi, etc.) et vous avez un réseau qui explose avant même que quiconque ait appuyé sur la moindre touche.

Cela nous montre à quel point nous avons commencé à émettre des données, enfin nos poches, que nous y pensions ou non, que nous le sachions ou pas. Car ça montre aussi que ce n’est déjà plus nous qui utilisons le réseau (il n’est plus disponible pour nous quand nous en avons besoin) ce qui va s’accentuer avec l’internet des choses, les objets connectés et tout ça. Cela pose un problème de pédagogie, aussi car certains l’ignorent purement et simplement, et disons d’étiquette, pour ceux qui l’ignorent volontairement et sacrifient les ressources communes à leur confort ou leurs habitudes.

Tout cela donne l’impression qu’on vit à l’américaine (et c’est normal quand le numérique est élaboré en californie :-) Grosses voitures qui consomment beaucoup, lumières allumées partout, etc. On aurait peut-être besoin d’un peu d’écologie numérique. Juste pour apprendre à mieux préserver et partager les ressources communes ? L’année prochaine, en tout cas on proposera sans doute une petite affiche de sensibilisation sympathique à ce problème, technique mais pas que.

PS : Eric Muller (efele.net) avait cet été gentiment apporté une bibliothèque numérique accessible par un réseau indépendant et motorisée par un RaspberryPi. Je pense que le journal des requêtes de connexion de son mini serveur doit être édifiant à cet égard :-)

PPS : à l’occasion d’un test de IOS8, j’ai constaté que l’utilisateur n’a même plus la main sur son flux de photos, et qu’il est impossible d’en retirer des images.