Sous le ciel étoilé

Cet été (comme presque tous les étés depuis 1952) il y a de la typo dans l’air, plus haut que l’air, d’ailleurs. Les Rencontres de Lure sont « Constellations », consacrées aux « Attractions, liens et tensions graphiques ». L’équipe de programmation a voulu, dans une année politique où le travail est et sera au centre des débats, prendre un temps sur les configurations de travail créateur : indépendants, groupés, adobubérisés, comment les designers organisent leur production entre la solitude, le désir, des collectifs ou des réseaux immatériels…

Camille Flammarion, L’Atmosphère: Météorologie Populaire (Paris, 1888), pp. 163, Public Domain, wikimedia.

Cette exploration des configurations de la création se fait à la manière des Rencontres de Lure, c’est-à-dire en douceur, en poésie, en inspiration, et aussi en coups de gueule, ou alors en rien-à-voir, souvent en à-côté. C’est ce qu’on aime à Lure, cette capacité à prendre le temps (même au pas de charge parfois) de la pensée, de la divagation et de la discussion amicale. On découvrira donc des élucubrations sur le ciel et son organisation chaotique, des lettres et typographies, des outils informatiques, des images, des architectures… Il faut aller à Lure, cette manière de faire est unique, le lieu est époustouflant et l’atmosphère est tellement amicale et inspirée. Tout cela est organisé bénévolement, pour tous : graphistes, éditeurs-trices, enseignant-e-s, étudiant-e-s…

Je cite un peu : « Une constellation est un tracé primitif qui relie les étoiles pour nous guider et donner sens au monde. De même, dans l’abondance quasi infinie de l’information, le designer graphique repère les grands astres et trace discrètement les sentiers de l’intelligible. Typographes, graphistes, artistes, conçoivent-ils des mondes qui leur ressemblent, ou se fondent-ils dans des univers qui les dépassent ? Comme Matthew Carter l’a bien décrit : « un caractère typographique est une belle collection de lettres et non une collection de belles lettres ». Comment trouver l’écart juste, dans sa pratique personnelle, en liens avec ses pairs, ses commanditaires, ses publics.

Au gré des projets, des collaborations, les designers graphiques apprennent à travailler ensemble plutôt qu’en rivalité. Chemin faisant, ils tissent leurs toiles, imaginent leurs trames et ménagent peu à peu l’espace pour renouveler leurs désirs. Ce sont autant d’oscillations, de tensions invisibles et de trous noirs de l’évolution que nous vous proposons d’éclairer et de télescoper sous les étoiles de Lurs, Alpes-de-Haute-Provence, du 20 au 26 août 2017. »

Tous les détails sur la semaine sont sur le site des Rencontres de Lure.

Il existe aussi un joli site événementiel créé et offert par Louis Éveillard !

Le site Constellations créé par Louis Éveillard

Important : une réduction de 20% s’applique jusqu’au 14 juillet, après c’est fini. Inscriptions ici.

Envie d’un aperçu ? voilà un peu ce qu’on observera dans le ciel de Lure…

  • Adeline Goyet Ouverture de la semaine
  • Frank Adebiaye + Anna-George Lopez Dans les épisodes précédents
  • Marc Bernot Feuilleton
  • Elsa Arnaud + Aurélien Audouin Pornographisme
  • Marie-Astrid Bailly-Maître + Brigitte Suffert Avant la PAO
  • André Baldinger L’atlas Mnémosyne ou la mise en page des pensées d’Aby Warburg
  • Bruno Bernard Réflexions autour de l’Excoffon Book,
  • Brahim Mouidine + Maha Boucheikha L’alphabet tifinagh
  • Annick Bouleau Passage du cinéma, 4992
  • Matthew Carter Mon ciel en typographie
  • Sonia + Yoann Chiambretto + Thommerel Mon corps n’obéit plus
  • Nicole Chosson Charles Fourrier, attractions passionnées
  • Elsa De Smet Visualisation de l’aventure spatiale
  • Christophe Delahaye Soirée d’observation du ciel
  • Guillaume Duprat De la diversité des cieux
  • Boule et Bal
  • Catherine Geel Espaces de travail
  • Pierre Gosselin Soirée Averty, vous êtes prévenus.
  • Guillaume Guilpart [ATELIER] Typo truck
  • Chantal Jègues-Wolkiewiez Les peintures pariétales des constellations
  • Indra Kupferschmid Alphabettes
  • Pierre Carl Langlais La constellation wikipédia
  • Annie Le Brun Livre et constellation
  • Alexandre Lebrun L’intelligence artificielle de Facebook
  • Yves Leterme Otium Litteratum
  • Anthony Masure & Kévin Donnot et Elise Gay Revue Back office
  • Ramuntcho Matta À la croisée des pratiques
  • Jeanne Moynot Performance, l’intimité partagée
  • Tristan Guilpart & Guillaume Pernet Plateforme créative
  • Gérard Perrier Mémoire vive
  • Laurent Pizzotti Ma voie lactée de Lure
  • Olivier Reichenstein Paper and Screen
  • Marc Smith La galaxie des anciens modèles d’écriture, de la Renaissance aux Lumières
  • Projections
  • Marc Bernot [ATELIER] Machine à découpe laser
  • Pistou/piston Soupe et fanfare Brass Band fusion jazz funk en plein air !
  • Coup de bleu Apéritif sur la ligne de crête
  • Les Parasols graphiques Petit marché graphique entre amis
  • Coup de blues On fait le point et on se quitte

Mais encore une fois, allez voir Le site Constellations.

Constellations Attractions, liens et tensions graphiques 65e semaine de culture graphique, du 20 au 26 août à Lurs, Alpes-de-Haute-Provence http://delure.org/constellations

Le programme dans la lettre réservée aux adhérents : conception et réalisation de la grande Laure Dubuc avec le Bely de Roxane Gataud et la complicité de Galilée (Le messager des étoiles – Sidereus nuncius, 1610).

Englishman in Provence

Ce post est une traduction de l’anglais de l’article écrit par Mark Webster et publié le 2 janvier 2013 sous le titre : Futile Utile : Lure 2010. Je l’ai traduit car je le trouve juste et touchant. Merci à Mark d’avoir autorisé sa publication ici. Original sur le très bon site de Free Art Bureau : http://freeartbureau.org/fab_activity/lure-2010/

 

« En août 2010, on me fit le plaisir de m’inviter aux Rencontres internationales de Lure, qui se tiennent dans le charmant village provençal de Lurs. C’était ma première fois, et je ne savais trop qu’attendre de ce rassemblement annuel organisé par une association d’apparence modeste. À en lire le peu d’information que je trouvai, Lure allait sans doute faire parent pauvre parmi les étincelants festivals auxquels mon travail de journaliste m’avait accoutumé. Ma seule vraie source directe était une collègue travaillant à Paris pour un magazine de graphisme. Elle avait relaté poliment son souvenir d’une réunion de dinosaures qui bouclaient leur semaine par une partie de pétanque arrosée au pastis. Sa description me fit sourire illico. Je sentais que je pourrais trouver ma place dans le tableau. Derrière cette image, Lure restait un mystère perché sur un rocher cerclé d’oliviers et de champs de thym séchés par le soleil.

Arrivant en pleine chaleur dans ce qu’on ne peut que décrire comme un coin pittoresque et assoupi du Sud de la France, il me devint évident que je n’allais pas assister à un show de conférences projetées sur écrans géants, ni même faire trempette dans la piscine du coin avec des festivaliers réjouis. Bien qu’ayant croisé quelques sourires, tout cela me semblait bien discret tandis que je posais mon sac au café et commandais à boire. Avec mes chaussures bleues éclatantes et mon pantalon à carreaux, je présentais une ressemblance avec un touriste égaré qui aurait été croisé avec un chef de cuisine du futur. Mais que faisais-je donc là ?

Trois jours plus tard, j’étais de retour à Paris. Ce qui s’était passé durant ces trois seules journées avait profondément changé ma vie. Rien de dramatique, hein, je n’avais rien perdu, il ne s’était rien passé de particulier, elle n’avait pas dit non, pas de mort, ni de meurtre. Je rentrais d’ailleurs intact sans ecchymose ni cicatrice… Humour british mis à part un instant, il faut reconnaître que les événements qui peuvent apporter de tels bouleversements dans notre compréhension de la culture et notre vision du monde sont très rares. Et aller à Lure en est un.

Les Rencontres de Lure le font bien depuis une soixantaine d’années. Ce sont le plus ancien événement du genre, sans doute le seul du fait de sa singularité. Lure rassemble plusieurs événements en une semaine, et le fait avec plus de bravoure qu’un Houdini qui s’échapperait d’une boite de baked beans géante. L’idée force s’y agrémente d’un mélange éclectique d’interventions, fascinantes tant elles sont à la fois distrayantes et surchauffées ; Lure attire une foule fidèle de typophiles, de fanatiques de lettres et de culture. Un groupe soudé de tous âges échangeant sans relâche et toujours avec une sincérité profonde et un grand respect.

Je ne citerai pas les intervenants de talent qui ont l’honneur de franchir le seuil de la Chancellerie, cette petite ambassade de la lettre, où l’on s’installe en ouvrant grand les yeux, l’esprit et le cœur. Ni les personnalités rayonnantes qui ont créé et prolongent, de génération en génération, ce qui est clairement un mouvement d’une grande importance culturelle. À Lure, le champ des sujets traverse la philosophie, la littérature, les arts visuels, vivants et sonores, le graphisme, la typographie, la sociologie, la politique ou la psychologie. Le langage et la lettre écrite sont sans doute ce qui les relie. Et cela n’est qu’un éclairage possible sur ce qui se passe à Lure.

Lure n’est pas un festival, ce n’est pas une sortie pour fans de culture, on n’y chante pas les louanges des dieux et déesses contemporains ni de l’âge d’or. Lure est un lieu de rencontre ouvert à tous, en quoi nous sommes tous égaux. C’est un espace physique et mental forgé pour qu’y surviennent l’échange et l’enrichissement mutuel. C’est une expérience et comme pour l’art, une expérience de l’ensemble des sens.

Depuis 2010, je reviens à Lure, je suis un jeune passant, peut-être même une modeste recrue, un cadet en chaussures bleues qui a fini par se prêter à la clôture traditionnelle en 2012. Ce lancer de boule d’acier sous la voûte étoilée tout en sirotant le nectar local, activités qui aident à la transmission des traditions ancestrales et des espoirs à venir. »

 

Le Rendez-vous de Lure

Et pour en savoir plus sur les Rencontres de Lure : http://delure.org/-A-propos-.html

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