Hyperfeuilletage

Allez, un peu de Web ! Depuis quelques temps, on peut constater une convergence d’éléments indiquant un changement assez important dans le rapport document/image sur le web. Il ne s’agit pas de l’utilisation des images dans les pages, qui est évidemment en hausse constante depuis le haut débit, mais de la représentation des pages elle même. Espace et typographie incluses. De l’image des documents ou des documents comme images. Ce changement peut avoir (et va avoir, à mon avis) des effets sur la structuration visuelle des documents en ligne (note un peu longue : l’idée est de pointer les limites techniques et visuelles du code hypertexte actuel comme base pour un feuilletage intuitif et vivant – qui éloigne un peu plus de la logique documentaire de recherche / consultation).

Depuis le début, le web est hypertexte : c’est le texte qui est structuré et qui incorpore des images. Les navigateurs, et surtout leur moteur graphiques, se chargent de calculer le rendu visuel du document au moment de sa réception. Cela a introduit un vrai changement de paradigme en édition, mais je ne reviens pas là dessus, c’était la base de l’enseignement en édition électronique dans les années 90. Pas envie de radoter. Pour se faire une idée de ce qui se passe, il suffit d’interviewer un navigateur ! Ça vaut le détour. Pragmatiquement, cela avait également un gros impact : chaque navigateur faisant des siennes (surtout l’horrible et heureusement obsolète IE6), il fallait anticiper sur son traitement visuel du document, en essayant tous les navigateurs ou avec des outils comme Browsershots, par exemple.

Le rendu d’une page était donc le point final. Son champ : la fenêtre dans l’UI, donc le document. Et puis, progressivement, ce rendu est devenu à son tour un élément documentaire. Un fragment utilisable.

Ongles de pouces

Différents travaux d’interface pour des accès aux archives du web m’ont ammené depuis assez longtemps à militer pour que ces archives du web réalisent et utilisent des « thumbnails », vignettes et captures de site. La chose n’est techniquement pas si évidente, m’a t-on-dit du côté des ingénieurs, mais nécessaire, selon moi. Je pense que la mémoire visuelle a un rôle fondamental à jouer dans la recherche et l’accès à l’information et peut judicieusement compléter les outils de recherche et de navigation traditionnellement utilisés à l’écran. Comme devant les pages d’un livre, je me souviens de l’endroit (topographique) où se loge une phrase dans une page, fut-elle une page de texte.

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Le premier (disons l’un des premiers à ma connaissance) à avoir eu recours systématiquement aux thumbnails était le moteur de recherche Exalead. Ce moteur (qui malheureusement est très encombré par le spamdexing) proposait en effet un aperçu à côté de chaque résultat de recherche. Trop petit pour vraiment servir à la recherche documentaire, celui-ci permettait simplement, je dirais, de combler un vide intuitif, d’alimenter l’hémisphère droit du cerveau (puisque celui-ci représenterait le volet créatif de la pensée, à côté de l’hémisphère gauche, plus analytique) en lui fournissant un support visuel, intuitif au feuilletage. Cela est loin d’être anecdotique. En tout cas, certains outils Web 2.0 ont suivi, comme par exemple les odieuses bulles qui surgissent au survol d’un lien pour donner un aperçu de sa destination dans certains blogs.

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C’est, bien plus tard, Google Chrome qui a véritablement relancé la mode en proposant une page d’accueil composite (Speed Dial) : une mosaïque d’images, http://www.google.com/googlebooks/chrome/ que Safari a immédiatement adoptée / plagiée (Top Sites). Cette page peut représenter les raccourcis de manière plus attrayante, elle peut aussi devenir, puisque Top Sites se rafraîchit automatiquement, tout autre chose, une mosaïque, un portail visuel fortement attractif. Ce n’est pas à négliger quand on voit la concurrence qu’Internet mène à la télévision. Pour ma part, j’ai fini par retirer de cette mosaïque les journaux (le monde, libé, le fig, etc.) dont les titres me sautaient à la figure à chaque nouvelle fenêtre, ce qui me déconcentrait. Mais au fond, c’est le but. déconcentrer. Pensons une seconde au marché publicitaire qui arrive derrière, et revenons à nos moutons.

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On se souvient également de l’apparition il y a quelques années des favicons pour aider à structurer visuellement les longues listes de favoris et historiques. Ils jouent un rôle mémotechnique évident (lorqu’ils sont bien faits) et permettent de mieux utiliser ces longues listes.

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Aujourd’hui, la page devient sa propre icône. Safari a renouvelé le genre, avec l’utilisation de CoverFlow pour l’historique (une métaphore visuelle dynamique rachetée il y a quelques années à deux jeunes développeurs et depuis mise à toutes les sauces par apple). Et l’efficacité est redoutable : on revient sur ses pas en feuilletant visuellement sa navigation. Comme il s’agit d’un retour sur du déjà vu, tout va très vite. Efficacen intéressant, avec deux limites. Cela ne fonctionne pas du tout pour les favoris, plus efficaces en liste ou en grille (Top Sites). Cela ne fonctionne pas non plus pour découvrir des pages inconnues, la 3D, les obliques et le mouvement perturbant trop la lecture.

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Changement de paradigme :

Une chose est sûre : tous ces traitements ne peuvent se faire en calculant réellement le rendu de la page à chaque fois : trop coûteux en calcul, surtout depuis que le rendu des pages (en mettant de côté leur contenu texte et images) fait appel à des CMS plus ou moins lourdauds, bases de données, fichiers, frameworks et programmes côté serveur, et plugings (flash pour le plus encombrant et gourmand), frameworks javascript et css complexes côté client. En prenant par exemple la page d’accueil du Figaro, on arrive ce matin à un total de 2,25 Mo, pour 228 éléments téléchargés, avec 121 erreurs au passage, qui témoignent du travail de calcul effectué. On voit que le document hypertexte (en bleu) a pris une part ultra-minoritaire dans cet ensemble.

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On peut donc avoir recours, dans la même logique que les thumbnails, à une image de remplacement. Plus grande, grandeur nature en fait, elle a le mérite d’être monolitique (vs les 228 fichiers), facile à interpréter pour l’ordinateur (linéaire), et compressable. Cette image devient une ressource exploitable à différentes échelles. Il faut également noter qu’elle est et reste parfaitement lisible par les humains.

C’est intéressant car on est passé d’une situation où le texte (code hypertexte) était bien plus léger à transmettre que les images (on faisait d’ailleurs bien attention à en mesurer le « poids », à les employer avec parcimonie), à son exact opposé : aujourd’hui, une simple image est bien plus simple à transmettre / afficher qu’un ensemble complexe d’instructions et de code.

C’est chez Opéra qu’on a eu l’idée de s’appuyer sur le même principe pour proposer deux produits : Opéra mini pour les téléphones portables et opéra turbo pour les ordinateurs. Le principe en bref : pour faire face aux limitations de bandes passante des réseaux de téléphonies mobiles, le navigateur Opéra mini va chercher sur les serveurs de la maison mère une image (pour le coup sur un écran de portable, c’est un thumbnail) qui est zoomable (image mapping) et lisible. Cela demande du calcul en amont (le rendu est effectué sur un serveur intermédiaire qui appartient à Opéra) et dont le résultat est transmis au navigateur.

Ça marche, l’accélération est phénoménale sur les lignes à débit dégradé. Avec une petite réserve au passage : entre l’éditeur et le lecteur qu’Internet est sensé mettre en relation directe (en réalité, il n’y a pas plus indirect, mais du point de vue technique), s’insère un intermédiaire de plus, appelons-le l’afficheur, qui lit, interprète et calcule. Je sais pas vous, mais moi, j’en connais un à qui ça n’a pas du plaire…

Google of course. Qui est devenu et entend rester L’Intermédiaire unique entre les internautes. Donc aussitôt, Google sort de son labo FastFlip, dont la version pour téléphone mobile est vraiment époustouflante. Au départ ça ressemble à un speed dial de plus, mais cela va beaucoup plus loin : des bouquets de sites prédéfinis ou configurables par l’utilisateur, que l’on peut faire défiler à toute vitesse pour feuilleter littéralement le web avant de lire. Il suffit de tester pour comprendre : l’essentiel réside dans la grosse flèche bleue à droite.

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Feuilletage

Après le scrolling vertical que les sites de journaux comme le Figaro (ou Libé à sa suite) ont bien exploité par un rythme d’images et de titres, Google introduit (en s’inspirant de l’interface graphique de l’iPhone) le scrolling horizontal (paginé) de manière assez pertinente et efficace : si le scrolling vertical peut être continu (le texte peut à la rigueur se découvrir ligne après ligne), le scrolling horizontal ne peut pas : toutes les lignes sont coupées, et donc illisibles pendant le scroll. Si vous coupez une feuille de papier imprimée horizontalement (donc entre deux lignes), les deux morceaux restent lisibles indépendamment, en revanche, si vous la coupez verticalement, les deux morceaux obtenus sont illisibles, chaque ligne étant tronquée. Le scrolling horizontal doit donc être paginé, rythmé, pour que l’information se donne à voir en quasi-diaporama. Une belle méthaphore du feuilletage. Fast Flip est le Flip book du web.

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Deux choses : premier point, cela peut d’abord avoir un impact important sur le marché publicitaire et donc les éditeurs : Google semble retirer les publicités (qui polluent l’affichage). Je le fais aussi chez moi, avec quelques outils pertinents dont ClicktoFlash et un filtrage d’adresses de serveurs publicitaires. C’est pas mal de ce point de vue, mais les éditeurs et annonceurs ne vont pas aimer du tout, surtout quand on considère que Google est la plus grande régie publicitaire qui élimine ainsi ses concurrents, ou au mieux les perturbe (plus de cookie, etc.). Mais sur ce point on ne va pas pleurer. Un pas de plus vers le totalitarisme phagocyteur de Google : on consulte le web non plus via Google mais dans Google.

Changement de format

Autre point : le feuilletage remet à l’ordre du jour la structure et le rythme visuel et typographique. En effet, la vitesse atteinte est telle que l’accroche du regard lecteur par une structure claire, un emploi judicieux du titrage et des images devient un point capital. La convergence évoquée dans cette note, souligne simplement ces facteurs qui me semblent concordants pour annoncer dans les mois qui viennent des changements assez clairs du traitement typo-graphique de l’information. Étienne Mineur exprime de son côté son insatisfaction du design de presse en prenant l’exemple de libération.fr actuel et passé (sous estimant peut-être au passage l’impact des images dans la séquence de scrolling vertical du site actuel qui est à comparer à la télévision plutôt qu’au journal ou site web originel. Libé n’a fait que plagier le Figaro à cette égard).

Ça tombe bien puisque de nouvelles ressources proposent de faciliter la mise en écran sur lesquelles je reviendrais plus tard : il y a les Frameworks CSS (Blueprint, Baseline, ou Blank que nous développons) et le support progressif de la règle @font-face qui permet enfin d’envisager un travail typographique un peu plus élaboré, si les problèmes de licence sont surmontés (il existe des ressources libreslire) même si le risque visuel est au moins aussi grand que les bénéfices envisageables ;-)

image (anthologie visuelle de son propre ratage par Ségolène Royal).

Risque visuel donc, mais il y a un autre risque encore : celui de perdre encore un peu plus de lecture, celle du web hypertextuel (qu’on aimait bien), et qu’on essaie de tirer vers les medias traditionnels (TV, radio, magazine). Au final on sort encore un peu plus le web de la logique documentaire de recherche / consultation / lecture (fragmentaire) déjà critiquée par certains, à une logique de zapping (speedDial) / feuilletage (flip) / arrêt (qui peut être motivé par du texte, une image, etc.). C’est bien différent, ressemble plus à la consultation de la presse magazine qu’à la web-recherche documentaire qu’on connaît depuis presque 20 ans. Ceux qui trouvaient que le web est du zapping ne vont pas être déçus… Car dans le magazine, le feuilletage n’a plus qu’un but : fournir les meilleurs emplacements aux annonceurs.

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Livre, en balade

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Déçus de la suppression de Lire en fête, rassurez-vous, l’itinérance de l’expo Livre, commencée à la BPI au centre Pompidou à Paris, continue : l’exposition est actuellement à la médiathèque de Suresnes (92) et sera visible à partir du 15 décembre à la médiathèque d’Issy-les-Moulineaux (92). Le 22 octobre à 20h30, à la médiathèque de Suresnes, donc, il y aura même une rencontre avec Michel Melot, le vrai, pour les heureux habitants des Hauts de Seine.

Au passage, j’ai enfin obtenu de la BPI un petit historique de la balade de l’expo Livre, jusqu’à présent. Je le colle ici et le tiendrai à jour :

2009 :

  • Médiathèque de Suresnes (92) (du 1 au 31 octobre 2009)
  • Médiathèque de Issy-les-Moulineaux (92) du 15 décembre 2009 au 7 février 2010.

2008 :

  • Médiathèque du Mans (72)
  • Médiathèque de Basse Goulaine (44)
  • Médiathèque de Tourcoing (59)

2007 :

  • Bibliothèque de Petit-Quevilly  (76)
  • Bibliothèque de Châteaudun (28)
  • Médiathèque de Viroflay (78)
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Zazie s’en va

image Dernier regard du côté de Zazieweb. Depuis 13 ans (!), Isabelle Aveline a accompagné la lecture, l’édition, le web francophone et les a animés (car c’est d’âme qu’il s’agit) avec sa communauté croissante (plusieurs dizaines de milliers de lecteurs) de passionnés de toutes les littératures.

Ben voilà, Zazie n’a pas réussi à obtenir le soutien et la protection qu’elle méritait, après Biblio-fr, et dans des termes très proches, une autre quasi-institution disparait, soulignant encore une fois les effets désespérants sur la culture de la politique menée ici. Quasi-institution parce que les deux étaient nécessaires a beaucoup, et assuraient bénévolement un vrai service au public, mais fragiles, ne souhaitaient pas transiger pour maintenir leur conception libre/livre du web. Chapeau à Isabelle qui peut passer à autre chose et grand bravo ironique à nous d’ici, qui préférons le livret A au livre, rendormons-nous donc sur ce que nous avons cru être nos économies, dont le prix sera payé plus tard. Zazie ne prend plus le métro, la place est libre pour travailler plus. Les boules.

Ce que di(sai)t Zazie : Née en 1996 (!) sous la forme d’une page perso, zazieweb est devenu en cinq ans un site littéraire communautaire offrant à la fois des espaces d’échanges et d’expression (Les Lectures des e-lecteurs, l’espace communautaire, les forums…) et un portail littéraire. Zazieweb, est une association qui a pour vocation la promotion et mise en avant des « petits éditeurs », la diffusion de la littérature contemporaine indépendante, la mise en relation sur le mode interactif du web des lecteurs/auteurs/éditeurs via les espaces persos… et pleins d’autres choses en devenir ! (sic)

Ci-après la lettre de Zazie-Isabelle Aveline qui en dit long sur son énergie et sa décision : Le site ZazieWeb.fr marque ici & maintenant une [pause] PAUSE [poz] n. f.

Ce message aurait pu vous arriver il y a déjà des semaines, peut-être même des mois, des années. Mais il n’est pas facile d’annoncer l’interruption d’une expérience quasi quotidienne, d’une histoire qui a 13 ans.

Zazieweb, du site personnel au réseau social de lecteurs Né en juin 1996 sous la forme d’un site personnel, le site a peu à peu évolué s’ouvrant à la contribution des lecteurs et développant différents projets : prix de la petite édition, guide de la petite édition, almanach poétique etc. Dans une logique de projet collaboratif et de service public, soit un outil de médiation au service des lecteurs, des petits éditeurs, des événements, de ceux qui créent et font le livre. Le site est actuellement animé en bénévole par une seule personne (moi !) et ouvert à la contribution des lecteurs et des professionnels du livre.

13 ans. 13 ans que Zazieweb existe sur la toile de l’internet culturel francophone. 13 ans à expérimenter et proposer, avec une certaine forme de reconnaissance : • Web services aux lecteurs (espace personnels, forums, blogs…) • Guide et prix de la petite édition • Agenda • Veille sur l’internet culturel, Annuaire des sites • Bref…, mise en lien/réseau des individus/des communautés & des contenus • Expérimentation/confrontation entre la publication, l’édition & la technologie, l’outil, le média internet…

Mais aussi 13 ans avec les moyens du bord : stagiaires, contrat emploi jeune (exit en Juin 2006)… et bénévolat ! Au départ un site personnel (1996), puis des développements sous la forme de web services aux lecteurs (2001), des partenariats, le travail au quotidien qui s’intensifie… Avant même que tout le monde en parle, du Web 2.0 avant l’heure… Avant même que tout le monde ne le souhaite/espère, une « médiathèque 2.0… »

A l’heure où certains projets de numérisation & portails indépendants voient le jour à coup de financements français et européens qui se chiffrent en millions d’euros, Zazieweb ne peut plus — je ne le souhaite plus — continuer ainsi… Actuellement je porte Zazieweb en solo à bout de bras (deux bras…) et n’ai plus les moyens de développements technologiques & de gestion/animation des contenus qui seraient nécessaires pour maintenir la qualité de services et des contenus, aux lecteurs. C’est le minimum… Pourquoi ne pas continuer en solo ? Parce la chasse aux subventions est un modèle épuisant… et vain, au final : 5000 euros par-ci, 2000 euros par-là… Parce qu’il est souvent promis et peu donné… Parce que la « case numérique culturel » n’existe pas dans les institutions & financeurs et qu’il faut « jongler »… : Non Zazieweb n’est pas une librairie, n’est pas une maison d’édition, n’est pas une bibliothèque, n’est pas un événement littéraire, n’est pas une revue littéraire… hum…, je crois que c’est tout cela à la fois ! Parce que des bouts de ficelles ne suffisent plus… et que l’absence de « vision » globale & pérenne des institutions & des financeurs me désole… Parce qu’il devient vital de constituer une vraie équipe projet/développement et que je n’en ai pas les moyens. Parce que j’ai un peu/beaucoup l’impression de servir de « test » aux institutions et pool de recherche qui, dans quelques mois/années, auront les moyens ou la compréhension des enjeux… parce que « assez » de voir des projets institutionnels ou des programme de recherche financés sans qu’il y ait de véritable usage, de public utilisateur…, « assez » d’entendre des assises du Livre conclure sur la perte de vitesse de la chaîne du livre et sur la nécessité d’encourager de nouvelles formes de médiation du livre sans que cela s’accompagne de véritables mesures ou prise de position, « assez » d’entendre toujours les mêmes Cassandres/éléphants alors que la « base » innove au quotidien sur des blogs ou sites persos, alors que les lecteurs et process d’appropriation se déplacent sur d’autres supports (web, podcast, flux rss, mobiles…), parce que décidément il ne semble pas que l’intelligence du média web soit comprise et intégrée dans les politiques culturelles et les instances étatiques et du coup en reste à la puissance des acteurs du privés et souvent, de surcroît, anglo-saxons, et ce alors — paradoxe suprême & vain — qu’il semble de bon ton de le déplorer… Comme si les temps de décisions, de déplacements, de mutation… n’étaient pas les mêmes alors que les publics, les lecteurs eux « mutent » et s’approprient d’autres espaces… physiques ou virtuels.

Pourquoi s’arrêter ? Après avoir beaucoup attendu notamment : • des pouvoirs publics • des institutions (une reprise a été à l’étude pendant deux ans, mais le projet n’a finalement pas été rendu possible) • des services culturels

Parce que les moyens et la puissance pour créer un réseau social francophone de lecteurs, sur la base de ZazieWeb, n’ont pas été accordés. Parce qu’il ne m’appartient pas de continuer à porter à bout de bras et en bénévolat une « communauté de e-lecteurs », avec une technologie chaque jour de plus en plus obsolète, parce que la version actuelle du site date de 2001, et qu’une refonte du site serait nécessaire. Parce que pour des raisons personnelles je souhaite travailler ET être rémunérée (sic).

Parce qu’il semble que les logiques de subvention se concentrent sur les projets de numérisation, les arts numériques, pas sur la médiation… alors qu’il me semble — et depuis longtemps — que c’est l’exercice de la médiation qui seule rendra le livre numérique pertinent, voire même qui créera désormais l’existence « réelle » du livre et du livre numérique. Laissant la numérisation à d’autres, plus puissants, plus pertinents notamment dans les moteurs de recherche… Alors que le pouvoir du livre n’est plus forcément le pouvoir des auteurs, des éditeurs, mais le pouvoir des lecteurs, des amateurs, en vrai, le pouvoir rendu à l’activité, l’exercice de la lecture…

Alors qu’il aurait été intéressant depuis longtemps de créer un Ircam du texte… Comment ne pas s’étonner/se révolter de tout ceci ?

En conséquence aujourd’hui la décision est prise, parce que essentiellement je ne peux plus / souhaite plus animer le site en bénévole…, parce que le modèle économique possible via la publicité est aléatoire et qu’il faudrait de toute manière faire évoluer le site…

Parce que les bons modèles sont les modèles des « pures players » et de surcroit le plus souvent anglo-saxons…

Parce que je souhaite marquer une [Pause]

Zazieweb va donc s’arrêter pour une durée indéterminée.

Quelques chiffres… 1 500 000 pages vues mensuelles 250 000 visiteurs uniques / mois 21 917 membres/lecteurs inscrits (à ce jour) 19 950 inscrits à la newsletter (à ce jour) 1912 petits éditeurs in Guide petite édition

Le public : Les lecteurs amateurs Les bibliothécaires Les libraires indépendants Les éditeurs Les prescripteurs du livre …

L’a-venir Le projet ZazieWeb restera à la disposition sous le mode « Veille » & « Archive » de toute instance publique ou privée qui souhaiterait développer sur la base des contenus et du positionnement ZazieWeb un applicatif/une interface francophone de réseau social de lecteurs, avec des moyens. Ce projet je le conçois également comme un projet de R&D. Il y a bien sûr des équivalents anglo-saxons…

Comme il est hors de question que la parole médiatique de ZazieWeb soit confisquée je mettrai sans doute progressivement en place dans les mois qui viennent un parseur de flux sous Netvibes, c’est le minimum…

Les contributions postées par les lecteurs jusqu’à présent, seront modérées. Le site sera pour un certain temps encore, accessible aux lecteurs actifs du site, puis archivé. Les lecteurs désirant laisser un message pourront le faire sur le Forum Vie et mœurs du site.

Je vais aussi m’occuper à mettre en place une version d’archive pérenne, des différentes versions du site de 1996 à 2009 donc. A la Bibliothèque Nationale de France : « Les archives de l’Internet sont consultables en bibliothèque de recherche, par tout lecteur muni d’une carte Recherche, qui peut être obtenue auprès du Service d’orientation des lecteurs par toute personne justifiant du besoin de consulter les archives de l’Internet pour des raisons d’études, universitaires, professionnelles ou personnelles. »

Et si un jour je reprends parole sur l’internet — ce sera bien sûr en mon seul nom — ma parole, la parole de l’amateur ! se fera certainement radicalement différente.

Sic transit Gloria WorldWideWeb… A bon lecteur…

à

Fiction typographique

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« Swindon, Essex, Angleterre, c’est là que je suis née et que j’ai vécu jusqu’à mon départ chez les détectives littéraires à Londres. J’y suis retournée dix ans après et j’ai épousé mon ex-petit ami, Landen Parke-Laine. Lequel a été par la suite assassiné à l’âge de deux ans par le groupe Goliath, décidé à me faire chanter. Ils ont réussi : j’ai accepté de les aider… sans que mon mari me soit rendu pour autant. Bizarrement, j’ai gardé son fils, mon fils Friday – en vertu d’un de ces étranges paradoxes temporels que mon père saurait expliquer, mais pas moi. Deux ans plus tard, Landen était toujours mort, et si je ne réagissais pas, il risquait de le rester définitivement » Thursday Next, Ma vie chez les OpSpecs.

Voici une mine de créativité et d’idées typographiques (ou liées au dispositif matériel du livre, auquel on connaît mon attachement, surtout depuis que je connais Michel Melot). Il s’agit de la série des aventures de Thursday Next, romans de Jasper Fforde (traduits de l’anglais), qui se déroulent au sein même des livres. De la fiction en abîme.

Romans perdus entre polar et science fiction, assez légers mais extrêmement inspirés et plutôt bien traduits. Quel dommage qu’aucun de nos sérieux auteurs de ce côté de la manche ne nous propose une telle promenade dans le corpus littéraire francophone ! Il faut dire que Jasper Fforde ne vient pas du monde des lettres mais de celui de l’image, ce qui n’est sans doute pas pour rien dans la qualité et la profondeur de son regard sur le livre, justement. En tout cas, c’est amusant de découvrir un écrivain en devenir : à l’inverse de bien des séries, les volumes sont à chaque fois meilleurs, le jeu et les possibilités de l’écriture s’y approfondissent.

On trouve en tout cas dans cette série des idées particulièrement réjouissantes et distrayantes comme par exemple, en guise de début d’inventaire à la Prévert :

– un récit qui croise sans cesse des personnages de romans célèbres, – des courses poursuites qui envahissent les romans classiques et qui s’interrompent dès que leur narrateur arrive, pour ne pas perturber son récit, mais reprennent dès qu’il a tourné le dos, – un système de communication par notes de bas de page très efficace, – des voleurs de ponctuation, – des personnages de fictions qui passent dans le réel mais qu’on peut démasquer, notamment parce qu’ils perdent facilement le fil d’une conversation, perdus (comme nous) dans la succession de tirades des très longs dialogues, – une héroïne qui se réfugie dans les notes en bas, pendants que ses ennemis la cherchent au dessus dans le récit principal de la page, – un vyrus orthografique tré danjeureu ki défaurme et détrui tou, – des parasites friands de conjonctions, de verbes ou d’adjectifs, et qui sont très agressifs, – un petit enfant qui parle le… Lorem ipsum sit dolor amet :-) – et mille autres dangers réjouissants qui nous transportent pour de vraies aventures jubilatoires dans le monde des livres. Cette énergie est formidable. Je recommande très chaleureusement… (pour commencer : ISBN: 2264042079) et j’y retourne, puisque le 5e volume, intitulé comme il se doit « Le début de la fin », vient de paraître chez 10/18. [màJ après lecture] Comme le titre l’indique, ce n’est que le début de la fin, car il aura visiblement une suite et fin.

Le site de l’auteur devient un vrai phénomène : http://www.jasperfforde.com/

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