Dreamlands, la ville en jeu

image Coney Island 2003

“Ma ville est le plus beau Park…” visitée aujourd’hui, l’exposition Dreamlands au centre Pompidou. Un petit mot, pour mémoire, et surtout un chapelet de ressources, parce que les utopies urbaines m’ont toujours beaucoup intéressé. Et puis le centre Pompidou n’a pas besoin de publicité de toute manière. Parmi les expos précédentes et ouvrages La cité idéale en Occident ou bien Oscar Niemeyer il y a quelques années au Jeu de Paume.

Attraction universelle

Cette fois-ci, l’angle abordé par les commissaires d’expo Didier Ottinger et Quentin Bajac est celui de l’attraction (du parc). Dreamland était un parc à Coney Island. Expos universelles, fantaisies rutilantes, Pavillons, décors ou fiction. C’est ce qu’ils explorent et exposent. Le monde du Kitsch, Vegas. Le Delirious New York de Koolhaas. Les fantasmes de quelques uns, les réalisation d’autres. Des images, des maquettes, du Tilt-shift (pour mixer les deux et donner au réel un aspect de maquette).

Je me rappelle au passage d’un cimetière d’enseignes abandonnées et des explorations urbaines, car rien ne souligne mieux les utopies que l’abandon et la déliquescence.

image Photo Andy Clymer cc by-nc-sa (source)

Sombres rêves

Absolue spéciale dédicace pour son EPCOT à ce “bon” vieux Walt, Walt Disney. Experimental Prototype Community of Tomorrow est l’incroyable cité utopique qu’il rêvait de construire, non pas comme un projet immobilier géant, mais bien comme une cité idéale, empruntant à Platon, Campanella aussi allègrement qu’il le fit à Perrault, rêvant de gouverner les flux de sa ville-fourmillière, et d’éduquer. Le film qu’il a réalisé pour convaincre et obtenir les autorisations nécessaires est à voir absolument. Ici la deuxième partie (il y en a trois, les liens sont en dessous – si vous êtes pressés allez directement à 4 minutes 30). On peut le visionner intégralement, sous-titré et en bien meilleure qualité dans l’exposition, ou en lire la transcription.

Tommaso Campanella, la cité du Soleil, 1593Projet de Nicolas Ledoux pour la ville de ChauxEPCOT project Disney part 1 EPCOT project Disney part 2 EPCOT project Disney part 3 Page wikipedia avec des liens. Images : à gauche, Projet de Nicolas Ledoux pour la ville de Chaux ; à droite : Tommaso Campanella, la cité du Soleil, 1593.

Ces rêves de cités planifiées totales, avec lesquels on aime jouer (le jeu démiurgique Sim City aurait eu là toute sa place), mais si angoissants au réveil, ont pourtant aujourd’hui franchi la barrière du réveil. La frontière virtuel/réel est abattue à Dubaï. Promenez-vous sur la côte et zoomez pour voir l’avancement de ces grappes d’îles artificielles en forme de concept marketing (the palm, the world). Utopie d’un shopping center absolu et mondial.


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Glaçantes, ces réalisations pharaoniques de Dubaï, sont pharaoniques au sens propre, si on prend en compte leur coût humain (auquel il faut ajouter le bilan environnemental) – explorer Dubaï en son grâce à la belle série de Daniel Mermet et en images avec Google. La ville se fait parc à thème. Le tourisme de masse l’a transformée.

Et toujours des SDF

En écho à ces dernières utopies dorées et clinquantes, d’étranges cabanes sont greffées sur le centre Pompidou, dans le centre aussi, comme des nids d’hirondelles qui rappellent à juste titre la part de précarité et de désordre que ces utopies génèrent tout en les évacuant. Jolie intervention de Tadashi Kawamata.

image Tadashi Kawamata, hut, ou la précarité pas si éphémère.

Dreamlands, centre Pompidou jusqu’au 9 août – (plus d’info et dossier de presse). La note de l’exposition :

DREAMLANDS DES PARCS D’ATTRACTIONS AUX CITÉS DU FUTUR

Présentée dans la grande galerie du Centre Pompidou du 5 mai au 9 août 2010, l’exposition Dreamlands développe un propos inédit : montrer comment les modèles de foires internationales, d’expositions universelles et de parcs de loisirs ont influencé la conception de la ville et de ses usages. Démultipliant la réalité par la pratique de la copie, jouant d’une esthétique de l’accumulation et du collage souvent proche du kitsch, ces mondes clos et parallèles ont en effet inspiré les démarches artistiques, architecturales et urbanistiques au XXe siècle, au point de s’ériger en possible norme de certaines constructions contemporaines.

Cette exposition pluridisciplinaire rassemble plus de trois cents œuvres, mêlant art moderne et contemporain, architecture, films et documents issus de nombreuses collections publiques et privées. Dans une mise en espace ludique et didactique à la fois, elle propose la première lecture d’envergure de cette question et conviera à s’interroger sur la manière dont s’élabore l’imaginaire de la ville et dont les projets urbains s’en nourrissent.

Expositions universelles, parcs d’attractions contemporains, le Las Vegas des années 1950 et 1960, le Dubaï du XXIe siècle : tous ces projets ont contribué à modifier profondément notre rapport au monde et à la géographie, au temps et à l’histoire, aux notions d’original et de copie, d’art et de non-art.

Les « dreamlands » de la société des loisirs ont façonné l’imaginaire, nourri les utopies comme les créations des artistes, mais ils sont aussi devenus réalité : le pastiche, la copie, l’artificiel et le factice ont été retournés pour engendrer à leur tour l’environnement dans lequel s’inscrit la vie réelle et s’imposer comme de nouvelles normes urbaines et sociales, brouillant les frontières de l’imaginaire et celles de la réalité. Du «Pavillon de Vénus» conçu par Salvador Dalí pour la Foire internationale de New York de 1939, au «Learning from Las Vegas» (L’enseignement de Vegas) des architectes Robert Venturi et Denise Scott Brown, et au «Delirious New York » de Rem Koolhaas (qui souligne la filiation entre Manhattan et le parc d’attractions de Dreamland), les seize sections de l’exposition retracent les étapes d’une relation complexe et problématique.

(Site du centre pompidou)