Notes d’electure 3 : la page

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¶ En fait, ce qui a été détruit, je pense que ce n’est pas le livre. C’est la page. Vraiment (ah ! le point de vue du typographe :-). Débattre directement du livre, c’est passer un peu vite à côté. Il est vrai que sans la page, pas de tranche, et sans tranche, pas de d’épaisseur. Le livre est écrasé. Il faut composer avec ça.

¶ Le livre est désormais assimilé au texte, donc intellectualisé et détaché de son support. On peut d’ailleurs changer au fil même d’une lecture les dimensions des caractères, l’empagement et multiplier le nombre de « pages ».

¶ La mise en page n’est plus ce qu’elle était, mon bon. Ne plus la penser comme fixe mais comme variable. Anticiper le changement, les modifications.

¶ Le livre électronique est le cul entre deux chaises : il doit passer de la double page de papier à l’écran (surface profonde et amnésique). Multiplier les écrans est possible pour afficher des informations différentes, pour étendre l’espace virtuel. Mais pour reconstituer la double page, cela semble anachronique : le pli est le pli du papier qui crée deux espaces à partir d’une surface, ne juxtapose pas deux espaces. Tant qu’on ne peut pas plier un écran, on abandonne la double page et donc la page.

¶ Comment définir un espace correct, comme la page, quand le texte peut s’écouler différemment, changer ? Si on doit abandonner la double page, et aussi la page, puisqu’on est dans un écran. Il faut réintroduire un espace de lecture protégé.

¶ La page était un fragment du monde des idées, isolé du monde réel, qui environne le lecteur, par des marges. Pour Tschichold, la stabilité de l’empagement est d’ailleurs sacrée, preuve de son réel retour au classicisme. On ne joue pas avec cette frontière. Ça il faut le conserver, car sinon c’est la lecture même qui est mise en déséquilibre.

¶ Mais désormais, la suite du texte n’est pas derrière la page, il ne faut pas tourner celle-ci pour la découvrir. La suite du texte est ailleurs dans la mémoire. Derrière, à droite, à gauche, en dessous, nulle-part ? Il y a donc une question de gestuelle (bouton physique, surface sensible), mais également une question typographique : comment amorcer cette continuité. Dans un navigateur web par exemple, la suite est en dessous. Ça se voit, le texte est tronqué en bas.

¶ Un ebook ne se feuillette pas, il ne se scrolle pas. Il se flicke (se clignote). c’est dur pour les yeux de ceux qui comme moi lise et en même temps avancent, reviennent, feuillettent.

¶ Des marges donc. Pas trop (chaque pixel coûte à l’empagement) Certainement pas égales, pour créer un espace imaginaire de la suite du texte.

¶ Il n’y a aucune vraie raison pour que la page électronique n’émette pas du tout de lumière.

¶ La typographie des livres électroniques : moins on met de signes par ligne, (petit écran ou résolution insuffisante), moins on a un texte. En gros corps, la discontinuité est telle qu’elle désarticule le texte. Mais en petit corps, même en interlignant généreusement, la pauvreté formelle des signes rend la lecture fatigante. On en revient aux problématiques de la lecture en ligne : une sans-serif serait préférable pour les petits corps (pas comme ici) et une serif pour les grands.

¶ Idem pour la justif. Tant qu’on a pas un réglage convenable des espaces (intermot et interlettre dans une moindre mesure), la justification est très malheureuse. C’est un problème logiciel. Un fer à gauche rend la lecture plus facile et rapide mais nuit encore à l’empagement.

¶ Des problèmes typographiques, il y en a plein. Quelle horreur cette feuille de style par défaut, les exposants qui espacent la ligne qui les précède !

¶ Une fois de plus, la justesse de la composition prime. Le choix des caractères vient en second, et devient un problème juridique. Le premier fondeur qui l’a compris a gagné !

¶ Quand je dis tout ça, ce n’est pas esthétique, c’est d’abord pragmatique. Tout ce qui accroche ralentit la lecture. Lire vite (et non pas vite lire) c’est lire bien. Les ebooks doivent être bien lus. Le mieux possible.

¶ La page n’existe vraiment plus (comme espace). Par exemple : les notes ne doivent plus être en bas de page (et évidemment pas en fin d’article ou de volume !). Elles doivent (devraient) être dans un fichier séparé accessible à l’endroit même de l’appel de note, dans une fenêtre modale, par exemple. Voilà une occasion de faire un progrès !

¶ De même le titre courant n’a plus de sens, dans la page du moins. Il peut y avoir une zone standard réservée dans l’écran pour afficher le titre de l’ouvrage en cours (comme la barre de titre d’une fenêtre) et probablement la progression (% lu). Mais cela ne doit clairement pas se faire dans la page, ni aléatoirement selon les livres.

¶ Folio : voilà un autre problème. Comme la page est déconstruite, le folio n’a plus de sens. MAIS c’est lui qui permet toute référence, citation, retour ultérieur, comparaison avec l’édition papier. Une numérotation de référence doit être introduite au départ. Paragraphe par paragraphe serait plus pertinent que page par page. Elle doit aussi pouvoir être dissimulée. Problème : Si nous pouvons le faire pour nos livres, il faut aussi le faire dans notre liseuse, car d’autres ouvrages n’en disposeront pas.

¶ Des pages à maintenir, voire à multiplier : des sauts de page, des pages de titre (d’ouvrage mais aussi de partie, et aussi de sous-partie, chapitre). Elles restructurent un ouvrage dont le flux est déstructuré sans la page.

¶ Des pages à suspendre en attendant que l’écran se mette au niveau du papier (quelques mois seulement, j’espère), les pages très structurées : colonnes multiples, corps différenciés, graphes et tableaux sont encore trop mal rendus.

¶ On peut, en attendant, et à la rigueur, imaginer une colonne principale et une glose. C’est encore très juste.

¶ L’écran ne peut être une fenêtre sur la « page » : le zoom, ça ne marche pas. Une « page » doit avoir comme taille 100% ou un peu moins de l’écran qui l’affiche. Jamais plus.

¶ Cela signifie : beaucoup de souplesse et d’anticipation, ou bien, beaucoup de versions :-(

¶ La mise en forme se fait à plusieurs niveaux : dans nos propres ebooks (format et css embarquées) mais également dans notre liseuse pour les livres venus de l’extérieur. Stanza propose beaucoup d’options intéressantes pour la typographie, qu’on peut regrouper en « thèmes ».

¶ Il faudrait corriger un minimum les livres du domaine public (Gutenberg) à la volée. J’ai une liste des choses à faire.

¶ Typographie : il faut faire un ménage juridique rapidement. On ne peut embarquer que des caractères dont la licence le permet. Il faut introduire une nouvelle classification typographique et tager les polices. Pirates (hum hum, très peu), légales sous license (laquelle), libres, diffusables. Pff, quel travail ! C’est un problème de posséder une licence pour un caractère et de ne pas pouvoir s’en servir pour composer un livre : les dessinateurs et fonderies se fourvoient. Combien de temps avant qu’ils ne l’aient compris ?

¶ Lire c’est choisir, lire c’est écrire : où est-ce que je le fais ? Que devient le fragment que j’ai élu et commenté ? Il doit devenir un nouveau document à part entière, pérenne, échangeable, ouvert et accessible soit à partir de l’ouvrage, soit à partir de ma propre bibliothèque de documents. Si les DRM ne permettent pas de copier le texte, une référence précise à un paragraphe devient précieuse à cet égard. Elle permet de publier (publier c’est protéger) le plus rapidement possible mes notes, les extraits concernés ou à défaut leur référence la plus exacte.

¶ Les notes à main levée (Sony) sont une fausse bonne idée, car justement, l’espace (de la page) n’existe plus : maléable, élastique. Souligner ou entourer un alinéa n’a pas de sens. Il faut le cocher, attraper son identifiant définitivement et ajouter une note. Bref, il faut d’abord un objet, le plus granulaire, universel et perenne.

¶ Il vaut mieux m’arrêter là sur la page : le reste, l’essentiel d’ailleurs, se fait en composant.

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Notes d’electure 2 : le livre

Je continue, ce sont des notes donc parfois sans pertinence, parfois (souvent sans doute) trop schématiques. Bref, des mélanges.

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¶ En y repensant, mes sources de prédilection sur le livre et la lecture : Jan Tschichold (Livre et typographie) pour la compréhension et la construction de l’objet, François Richaudeau, également, pour la philosophie générale de la lecture et de sa pratique, ainsi que Michel Melot (avec qui nous avons publié Livre,), pour la médiologie de la chose. J’essaie de ne pas reprendre ici ce que je considère acquis et si clairement exprimé par eux.

¶ De même que la tablette s’oriente d’abord vers les gros lecteurs (littérature générale, essais, pirates). Les livres électroniques (ebooks) mettent l’accent sur la consommation de livres (plus que la lecture, l’échange, la conservation ou même la diffusion). Je n’ai jamais privilégié ce point de vue mais c’est en fait une vieille question (je viens de voir qu’on en parlait à Lurs en 1959). Consommation de livres. Vous souvenez-vous de la publicité avec Gérard Philipe ? on est précisément là. Sauf que dévorer, c’est encore se nourrir.

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¶ Le format PDF est il adapté ? À moins d’avoir été conçu spécifiquement pour un écran donné (et dans ce cas il faut produire une mise en page par variante d’écran), le PDF ne devient vraiment fréquentable pour une lecture au long cours que vers 20 pouces. Sur mon bel écran 30 pouces je peux lire un magazine et même un quotidien en PDF. Mais il pèse 13 kilos et ne tient pas dans mon sac à dos.

¶ Pour le moment, le PDF convient pour une lecture sur ordinateur. Un gros avantage, la possibilité de combiner le mode image, le mode texte, et le mode postscript assez librement. On peut donc accéder à l’image d’une édition originale ou ancienne, tout en ayant une fonction de recherche en plein texte. C’est assez simple à faire. Bref, c’est un bon format pour les beaux livres, les livres dont la forme initiale est de qualité ou importante.

¶ Il y a ici un comparatif des formats existants. Le format ePub de l’IDPF est certainement un bon choix pour nous : il est ouvert, se développe très vite et correspond surtout à nos habitudes de travail et notre manière de raisonner. Il nous paraît donc logiquement devoir s’imposer :-) Les grandes librairies, éditeurs et fabricants l’implémentent en tout cas très rapidement.

¶ ePub est orienté vers le reflow. le Reflow PDF est pour le moment à la fois le seul moyen de lire vraiment un pdf sur tablette, en même temps très imparfait. L’affichage est buggé, les titres courants se baladent dans le texte, etc. Bref, pour lecteurs vraiment très motivés, documents piratés, etc.

¶ ePub fonctionne parfaitement bien en reflow, il faut prendre en compte les variables en amont si possible. Dans son guide des bonnes pratiques epub, Adobe souligne l’importance du chapitrage. Les ouvrages doivent être découpés.

¶ ePub est également particulièrement adapté à la vente en granules (chapitres séparés, un peu comme le fait itunes avec la musique). Ce mode de vente est expérimenté par Nathan mais avec des pdf. Avec ePub, je peux constituer un ouvrage valise.

¶ En revanche, ePub a des limites (spec) que nous devons rendre très nettes par des tests dans toutes les liseuses/tablettes. Il est clair que dès les premiers ouvrages, la bande de perfectionnistes que nous sommes va pousser ce format dans ses retranchements. C’est peut-être bon signe, car cela sera sans doute général et cela signifie qu’il va évoluer rapidement. Frustrations en vue (j’y reviendrai quand je parlerai de la page).

¶ Il faut distinguer des chantiers séparés : le livre (empagement simple qui n’est jamais si simple qu’il n’y paraît avec ses chapitres, notes, indexes, tables, etc.), le livre très formaté (colonnes, encadrés, images, etc.), le magazine, etc. chacun pose des exigence spécifiques. La bande dessinée est un chantier à part. Le découpage visuel fait partie du récit (Scott mac Cloud s’est suffisamment cru obligé de l’expliquer dans ses ouvrages) et les solutions existantes sont simplement hors sujet. Le seul moyen satisfaisant à cette date de lire une BD en ligne : double page (important) sur 24 à 30 pouces.

¶ Il semble bien qu’il existe une taille d’écran adaptée à chaque application. Ce n’est pas pour rien qu’on trouve partout des téléviseurs sur le trottoir en ce moment. Résolution de la tablette dont je dispose (PRS600 touch): 800 x 600 pixels en 167 dpi. C’est peu, même pour du texte.

¶ La typographie du livre électronique commun (libre de droits ou même acheté) ressemble à la feuille de style par défaut du html, donc au niveau de la mise en page nous ramène à peu près au web du début des années 90.

¶ C’est important car, d’un côté la lecture en ligne (du web) nous a donné des habitudes (bookmarking, échange de liens, copier coller, archivage perso plus ou moins fragmentaire et même… impression – si, si). De l’autre, le vrai livre de papier a su (dans ses formes un peu innovantes) se renouveler et s’inspirer de l’hypertexte pour proposer des gloses, navigations, repérages, résumés, etc. Je pense à l’étonnant cours « supérieur » de Gérard Blanchard aux éditions Perrousseaux, mais surtout aux ouvrages MIT Press, par exemple.

¶ Où en étais-je ? Justement, c’est la bonne question. Personnellement je corne les pages des livres. J’y écris aussi, griffonne, etc. J’ai déjà dit ailleurs que l’amour des livres n’a rien à voir avec la déférence. On a ici un chantier en soi : quel statut pour les lectures en cours. Sur le Reader c’est très mal signalé. Il oublie facilement la dernière page lue. Il est assez mono-tâche, mono-livre : qu’en est-il si je lis plusieurs livres en ce moment (c’est très fréquent au fond : un essai, un ouvrage technique, un polar, par exemple) ? j’ai vu d’autres tablettes qui semblent mieux gérer l’avancement « en parallèle » de lectures différentes.

¶ Je sais pas vous, mais moi, j’ai déjà perdu deux fois au moins toute mes annotations, marque-pages et autres traces de mes lectures sur la tablette. GRRR !

¶ Que devient, et même : qu’est-ce qu’un livre lu ? Cette question est extrêmement importante. Fondamentale. Elle détermine au passage les définitions de la bibliothèque, du livre, du lecteur. On peut faire beaucoup de ce côté-là. Une première tentative a été de construire autour du livre un réseau social avec BookGlutton. Moi je n’aime pas les réseaux sociaux actuels. Il y a d’autres choses à faire.

¶ De ce point de vue (mais pas seulement) les DRM sont une épouvantable catastrophe. Bien pire que le papier acide pour le livre physique.

¶ Offrir un livre, prêter un livre, emprunter un livre, citer un livre, feuilleter un livre, dédier un livre, dédicacer un livre, ranger un livre, etc.

¶ Il manque au livre électronique deux choses qu’a le livre : une double page, une tranche et un dos. Bref, trois dimensions. Dans mes présentations de Livre, j’ai toujours insisté sur le fait que si j’ai pu voir des paysages dans les livres, c’est parce que je les avais visités, que j’en avais une mémoire, disons topographique. C’est vrai également pour les idées : le livre donne un lieu à chaque idée ou citation, on peut assez aisément y revenir et la retrouver à l’endroit où elle était. C’est un lieu immense. La recherche plein texte, une barre de progression et l’annotation rapide peuvent-elles y suppléer ? Comment ? D’autres cartographies ?

¶ Pour le moment je n’ai pas su recréer un sens de l’orientation. Un peu comme si on suivait les instructions vocales d’un GPS toute la journée, on devient bête, on perd la vue en survol, le recul que nous donne la cartographie. Si je suis un chemin, suis quelques liens, il est très difficile de revenir quelque part. Il y a bien un historique, pourtant.

¶ Attention à la recherche plein texte. Comme dans le PDF elle peut être inutilisable parce qu’horriblement lente, et surtout sans pertinence. Tout le monde n’est pas Google.

¶ La table des matières est à développer. La placer au début n’est pas une bonne idée car à l’usage, pour l’instant, c’est pénible. Le mieux est de placer au début un lien très clair vers la table et de placer celle-ci en fin d’ouvrage. De toute manière, si le fichier de chapitrage ePub est bien fait, une table est accessible en standard.

¶ Analogie avec le mail en pop ou en imap : les fichiers doivent-ils être locaux ou distants ?

¶ Et si une fois le livre lu et annoté, je pouvais au moins récupérer un fichier imprimable avec les pages concernées et mes annotations, hein ? Et si je l’imprimais et même que je le rangeais dans ma bibliothèque, dans le couloir ? Vous m’en voudriez beaucoup ? Ma bibliothèque est un outil de travail. Y retrouver ces passages importants et mes notes me semble finalement la moindre des choses. Je ne dis pas que c’est tout. En tout cas, d’emblée, les DRM interdisent cela.

¶ Imaginer des allers-retours entre le papier, l’édition papier, et les fichiers.

À suivre… (notes d’electure à venir : page, lecteur, éditeur et librairie, bibliothèque).

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Notes d’electure 1 : la tablette

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Je fréquente bien peu le Polylogue en ce moment. Beaucoup de choses en cours côté « manufacture », mais dont je ne peux pas vraiment parler. Peu de temps pour des « regards », quelques « palabres », mais pas mûres, bref, c’est l’hiver.

Je travaille en ce moment sur la clarification d’interfaces (j’appelle ça faire le ménage) dans trois domaines distincts : l’utilisation d’archives, l’apprentissage à distance, et les livres électroniques. Dans ces domaines, des demandes assez sympathiques et encourageantes dans l’esprit de confiance et de recherche. Plutôt passionnant donc. L’esprit dominant : less is more, mais aussi de la souplesse, avec le plaisir et l’intuition au premier plan, en essayant d’éviter le dogmatisme.

Depuis plusieurs semaines, j’ai accumulé des notes au sujet des ebooks. C’est pas original, tout le monde en parle un peu partout. Brèves idées, fragments qui m’aident à travailler, que je jette ici en feuilleton. Une éthologie du lecteur-producteur un peu en désordre donc.

Tablette

¶ Comme pour la typographie, on a un nommage gigogne (métonymique). je fais bref là-dessus : livre désigne le contenu et l’objet, ebook également. Disons donc : tablette ou Reader pour l’objet qui rappelle les tablettes de loin d’argile, le terminal portatif. Liseuse (bof) pour le logiciel de lecture sur ordinateur traditionnel. ebook ou epub pour l’ouvrage sous forme de fichier. Cette évolution des noms tend à renforcer la séparation du contenu et de l’objet. Le livre, c’est le contenu. Le contenu devient un signal, de la donnée. Nous plongeons encore plus profondément dans l’idéologie de la communication (voir par exemple les travaux de Philippe Breton). Cela ne nous aide pas dans notre approche (disons lursienne ou humaniste, de l’harmonie support/contenu, ou pour faire schématique fond/forme).

¶ D’abord une drôle d’idée reçue : je lis partout que l’objet livre procure des sensations quasi érotiques et pas le gizmo électronique. Alors là, je suis très surpris. N’avez vous donc jamais vu comment monsieur manipule son appareil photo, ou comment tous nous touchons, caressons nos téléphones portables (a fortiori iPhone) tout en parlant, en marchant. Ne soyons pas hypocrites : certains aiment caresser la peau, d’autres le latex, et il est bien manifeste que les appareils électroniques sont l’objet d’un investissement érotique. Celui-ci s’universalise rapidement. Les designers (un peu doués) travaillent cela avec les matières, leur grain, leur souplesse, et les formes.

¶ Je lis, je lis, et au fil des mots, des lignes, des pages, quatre lettres se répètent inlassablement sur chaque page, au dessus de chaque page, en fait : S, O, N, Y. Vite, vite, du sparadrap noir ! Je n’en peux plus de ce mantra !

¶ Logo encore : celui de Reader de Sony. Le logo est composé avec des pages qui tournent. Or précisément on n’a plus ici la moindre page, et on ne peut pas feuilleter correctement. Cela me rappelle une réflexion de Jean Baudrillard dans son (superbe) La société de consommation : on restitue comme signe ce qu’on a liquidé dans la réalité, comme lorsque la « Résidence du sous-bois » émerge là-même où pour la construire, on a abattu un sous-bois.

¶ La couleur d’une tablette doit être celle du fond d’écran. Gris clair, en gros, mais pas noir ni en couleur. Cela pour reconstituer un minimum de marge autour de la page. Que c’est dur de voir les signes frôler cette frontière noire. Type Kindle.

¶ L’encre électronique (e-ink) semblait prometteuse, elle est en réalité d’un rendu assez médiocre, légèrement flou et d’une grande lenteur d’affichage. Une bonne typographie « pixel » ou une résolution supérieure en cristaux liquides vaut mieux. En tout cas la tablette « mature » aura sans doute un autre écran (OLED ?). La durée de charge de la batterie n’est pas un bon argument : une tablette qui sert est en fait assez souvent branchée.

¶ Ce clignotement (positif négatif positif) à chaque rafraîchissement de page ! Une impression horrible d’éblouissement. Je sais bien qu’il est nécessaire à la techno, mais… vous êtes dingues ! Petite nuance : s’il rend impossible de jouer, feuilleter rapido avec la tablette, une fois qu’on lit vraiment, on peut le tolérer, à condition de cligner des yeux à chaque fois qu’on « tourne » la page.

¶ Le logiciel d’environnement est important. Celui de Cybook semble un peu moins mauvais que celui de Sony. Globalement impression préhistorique : je ne vois aucune nouveauté depuis les modèles de 1999. Donc apparemment 10 ans de sommeil. Cela va bouger c’est obligé. Ces acteurs seront réveillés par un nouveau, comme le monde des téléphones portables quand Apple est arrivé. Du coup les analyses d’Alain Paccoud sur les contrats de lecture (qui datent à peu près de cette époque) restent actuelles.

¶ Stanza pour iPhone est le meilleur logiciel de lecture que je connaisse à cette date. Ce qui ne fait pas pour autant de l’iPhone la meilleure tablette. Il souffre de la petitesse de son écran. Mais l’environnement de lecture construit par Stanza est presque excellent : accès direct aux bibliothèques et librairies (il faudrait vraiment qu’on y soit !), paramétrage possible non seulement de la taille des caractères, mais du contraste, de l’interlignage, des marges, etc. Il ne sert à rien de changer un corps si on ne peut régler l’interlignage, surtout pour des petits corps.

¶ Chose fascinante : la « bibliothèque » que l’on se constitue sur une toute petite carte mémoire à 10 euros. Mais cette bibliothèque en est-elle une ? Non. J’y reviens très vite.

¶ Un truc génial que je découvre et qui m’attache pas mal à cet objet : c’est idiot :-) je peux lire sans les mains ! Assis dans les coussins, les genoux relevés, l’objet appuyé sur les cuisses tient tout seul. C’est super reposant, agréable. Dans le même genre : lire au lit, couché sur le dos, c’est de la musculation pour les deux bras quand le livre est un peu lourd. Là non, fastoche. Ça me fait du coup penser que la double page reliée est une solution technique et pas nécessairement ergonomique. Et donc qu’on peut assez directement la remettre en question.

¶ Alors attention : il manque au livre électronique deux choses importantes dont le livre est doté : une double page, une tranche et un dos. J’y reviens aussi plus tard.

¶ Ces détails confirment que les tablettes sont bien des machines à lire : à manger des pages. Bouffer dirais-je. Sans effort, des dizaines ou centaines (selon le temps dont on dispose) par jour. Mais surtout, dimension quantitative. Ce qui se lit le mieux, c’est le flux linéaire et continu : littérature ou essai rédigé sans mise en forme, en flux de texte continu.

¶ Vague sentiment de claustrophobie dans ce périphérique fermé et déconnecté. Je voudrais envoyer ce passage à quelqu’un, là tout de suite. Impossible. Déconnecté, c’est bien pour lire, pour se concentrer, et en même temps, on n’en est déjà plus là. Comment reconnecter la lecture tout en préservant la lecture de l’intrusion de la connexion ?

¶ Le problème : lire n’est pas bouffer du livre. Richaudeau a démontré beaucoup dans le domaine, notamment dans son étude des « lecteurs virtuoses ».

¶ Pour résumer sur l’objet tablette : on a envie de hurler, mais en même temps ce n’est pas si mal. Un peu trop petit encore pour une vraie belle page (pas pour le corps des mots, on peut bien sur l’augmenter au delà du raisonnable, non, plutôt pour la justif, l’empagement), écran e-ink = fausse solution, software hôte : il manque l’étincelle. Amusant : le ebook c’est nul. Non c’est pas nul. Pas tout à fait. De toute manière cela vient. Cela viendra très bientôt. La question est, et sera largement typographique (et la typographie est à la naissance de la micro informatique).

¶ De bons articles dans cet ouvrage Read/write book, notamment Dacos et Faucilhon.

À plus tard (notes d’electure à venir : livre et page, lecteur, éditeur et librairie, bibliothèque).

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Rongeurs d’OS

imageL’OS (operating system) n’est plus à la mode ? quelques initiatives plus ou moins récentes dans l’esprit small is beautiful.

L’entonnoir Google s’agrandit encore avec Google Chrome OS : Voir le blog Google ou voir la vidéo.

Le portable c’est fait pour la maison ! le credo d’un outsider, Litl, qui imagine l’informatique comme la fusion du netbook avec la télé et le cadre photo. Site web Litl.

Du coup, je repense à 10/GUI (vidéo) et le désir qui se manifeste un peu partout de sortir du point/click, traditionnel depuis les années 80.

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La revanche des Comics

image[mise-à-jour du 5 avril 2010] Pari gagné :-) (l’iPad-dont-on-ne-parle-que-de-lui-partout est sorti avec une belle appli Marvel disponible dès le premier jour). À lire aussi : Johann Sfar sur les droits d’auteur et la num’.[/mise à jour]

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Une petite hypothèse qui me trotte dans la tête depuis quelques semaines, et qui nous donnerait envie d’accélerer des projets BD que nous avons chez C&F éditions (si on pouvait). On en un peu parlé, alors je la met ici comme on prendrait un pari :

1/ toutes les tablettes liseuses d’ebooks sont en noir et blanc très lent (Kindle, le plus astucieux sur le modèle de distribution, Sony, Cybook) et ne séduisent ni les éditeurs ni les lecteurs (périphériques très limités et fermés, on ne peut même pas surfer sur internet avec, alors qu’internet est un support de lecture aujourd’hui majeur). Bref, encore raté, ça rame bien dans ce secteur depuis 2000 : cette fois-ci ils ont eu « l’encre électronique » mais ils ont quand même réussi à sagouinner le truc.

2/ l’iPhone est une petite machine polyvalente, rapide et en beau colorama. Mais trop petit pour lire.

3/ on attend, paraît-il, une tablette d’Apple, ordinateur simplifié. Mais pour quoi faire ? Apple n’a jamais sorti un appareil sans bousculer un marché. Remember AppleI et l’informatique, Macintosh et la micro personnelle, iPod et la musique, iPhone et la téléphonie…) à chaque fois (presque) le même scénario : un marché qui n’innove pas et engrange d’énormes bénéfices. Certains ont bien évoqué des usages de lecture, mais le livre, ce n’est pas assez motivant et trop le bazar pour le business de la pomme. Trop de droits, trop d’acteurs très gourmands et très fermés. Mais ça se contourne. Puisqu’ils ne prennent pas les devants, on va les prendre pour eux, et ils seront obligés de venir, après. Trop tard pour les gros bénefs.

4/ Disney (Jobs siège au CA depuis qu’il en est le plus gros actionnaire en ayant revendu Pixar 7,4 milliards en actions, malin) vient de racheter Marvel, tiens tiens. ;-) Marvel entend diversifier les usages de sa « bibliothèque ». Moi je n’y suis pas, mais je sens que ça doit chauffer les scanners depuis que le nouveau patron est là.

5/ Jobs aime surement le cinéma, mais Hollywood est impossible à contrôler. Le monde des comics, l’est plus, et il alimente en ce moment bien des scénarios de films, jeux, et blockbusters. On ne parle pas des Mangas ! Beaucoup de piratage dans le secteur, comme la musique à l’époque d’iTunes. Un marché de consommation sans modération, de boulimie.

6/ Les logiciels de lecture de BD sur ordi ou iphone ne sont pas satisfaisants, ils nient l’essence même de la planche, son rythme, en la redécoupant sans cesse. On peut même généraliser pour toutes les pages électroniques des zibooks. Lamentables interfaces essayant une grossière métaphore du livre. De gros progrès à faire donc. Il faut investir dans la R&D et les interfaces. Et qui sait faire ça ? (Curiosité)

7/ Les magazines pourraient eux aussi être intéressés par un périphérique de lecture digne de ce nom. interactif, etc. Et les publicitaires les accompagneraient (Vous avez regardé de près le nouveau format iTunesLP ?).

8/ Avec des si on mettrait les paris en bouteille :-) En tout cas, le positionnement marketing lecture + BD + presse (Apple ciblant traditionnellement des publics jeunes, il suffit de regarder l’histoire de ses publicités films ou papier – ma préférée : Middle) est à mon avis possible et on peut s’attendre à des idées nouvelles du côté de la lecture électronique dans les semaines qui viennent, et en particulier de la lecture de bandes dessinées. (Ça se réveille avec LongBox).

PS : la petite image est volée dans Yum Yum book de Crumb.

[maj]La chose qui est sortie en avril 2010 : image

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