En route…

Les Rencontres de Lure organisent samedi 7 juin une visite « Troyes, choses à voir », à Troyes (1h30 de Paris), avec promenade dans l’installation le Fil d’A. (j’y serai en votre compagnie :-), visite des archives, de la maison de l’outil et de la pensée ouvrière, un repas, une balade. Le tout en covoiturage, pas cher, sympa, du Lure. C’est une occasion : les archives ouvrent spécialement un samedi pour nous.

Il faut s’inscrire sur le site des Rencontres ou en écrivant à info chez rencontresdelure point org et en précisant si on offre ou désire des places en voiture (et combien). C’est pas moi qui dirai que ça ne vaut pas la peine de venir…

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Ultime

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Rien que pour les geeks, celle-là :-) 0/ Toi qui me lis. 1/ Tu vas dans ton grenier illico et tu ressors un Apple-Extended-Keyboard-II (celui-là, hein, pas un autre, 1995 et des poussières, incurvé comme une vague, vérifie en dessous c’est écrit). 2/ Tu le branches avec un imate sur ton beau nordinateur octo-core-duo-intel. 3/ Et alors là ! mais alors… là ! (comme disait Miou Miou dans les valseuses). 4/ Tu arrêtes de croire que la technique fait toujours des progrès :-) 5/ Enjoy ! 6/ Si tu as jeté depuis longtemps tout ce qui était beige, tu peux pleurer sur ton clavier blanc ou alu.

Explication : J’ai retrouvé au grenier le vieux clavier Apple extended pro keyboard II dont je gardais un souvenir ému (et certes un rien honteux d’en être ému). Rien à voir avec ce qui se fait aujourd’hui (membrane avec une bulle d’air prisonnière pas chère), il y avait à l’époque une mécanique complète sous chaque touche, qui prenait en compte le poids des doigts, leur repos, etc. Je me souviens qu’à l’époque de sa sortie déjà (1995 et quelques), personne ne comprenait vraiment pourquoi acheter ce clavier 7 fois plus cher que les autres… Même les marchands étaient incrédules… C’est drôle comme aujourd’hui, dix ans après, on comprend beaucoup mieux. Le vieux bazar marche non seulement impeccablement malgré la poussière, mais surclasse de très très loin tout ce qui existe aujourd’hui. Pour ceux qui ne comprennent pas, il suffit d’avoir voyagé dans une DS (pas la Nintendo, la voiture), pour se dire simplement que parfois dans ingénieur il y a du génie.

Il existe même des petits malins qui recommencent à fabriquer ce type de clavier. Le problème, c’est que ces mécaniques-là (irlandaises à l’époque, si, si, c’est écrit dessus) ne se font plus du tout, alors on essaie juste de s’en rapprocher, sans les égaler. Et puis c’est pas beaucoup plus joli.

Car ok, le mien est un peu… beige :-) et sa jolie pomme… multicolore. Et puis aussi j’ai dû un peu chercher l’arobace, cachée sous le signe de la Livre, mais bien présente. Franchement, je suis prêt à fermer les yeux, car justement c’est de ça qu’il s’agit: c’est pour les doigts (et les oreilles « Cloc cluc cloc cloc cluc »). L’idéal serait que cela donne des idées à écrire, il faudrait vraiment, j’ai des copies à rendre…

PS : comme je me suis un peu documenté, pour les possesseurs de PC, il existe un clavier tout aussi mythique, l’IBM Model M. L’article est d’ailleurs très intéressant et explique pourquoi l’interface graphique a amené à faire l’économie industrielle de bons claviers.

PPS : j’avais prévenu en première ligne : grosse geekerie.

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Collant

Bon, des contre-jours avec un téléphone portable en guise d’appareil, c’est pas l’idéal, mais ça fait un petit souvenir de ce début d’accrochage (collage plutôt). On voit José Machado et Philippe Dentinger, sérigraphes de leur état (Troyen), œuvrer.

À la fin de leur dure journée, ils n’ont pas accroché (appliqué) un quart de ce long chemin de croix qu’est devenu le fil d’A, et ça prend déjà beaucoup de place :-) Courage pour relever tout ce qui est encore disposé sur le sol. Leurs tirages sont superbes, des centaines d’images et de mots sont prêts à entrer en scène. Le moins qu’on puisse dire, c’est que je me suis « installé », je me suis même un peu « incrusté ». Collant. C’est marrant comment in situ, les problèmes peuvent devenir des opportunités : de nouvelles idées émergent. On s’amuse un peu dans les coins (faut venir voir pour comprendre).

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Jeudi on vernit, je remercierai Nicolas Dohrmann, directeur, Claudie Odille, et tout le monde aux archives, pour la qualité de leur accueil et la totale confiance qu’ils m’ont faite. Je me disais aussi, le bâtiment a donc vingt ans, et il y a vingt ans, ce type d’installation n’était pas facilement envisageable. Le projet dans son entier tient vraiment du numérique. Prise de vue en masse mais léger, tris, classements, réglages, cadrages, assemblage, transmission à distance, impression. Tout cela s’est fait numériquement et de manière totalement dématérialisée. Et là, maintenant, nous revenons au monde réel et nous lui rendons des images.

Mais au fait ! Hervé a écrit là-dessus un petit papier très bien. Je le glisse ici dans le tiroir « lire plus », avec ensuite, en réponse détaillée, les réflexions de Jack Kessler (toujours passionnantes et passionnées) qu’Hervé m’a transmises.

PS : et comme il n’y a décidément plus de sujet innocent, il faut savoir que le sénat vient d’adopter un projet de loi assez inquiétant (tiens donc ?), relatif aux… archives, qui en limite les possibilités de consultation à… l’infini, tout simplement, pour motifs sécuritaires, encore.


Message de Hervé Le Crosnier :

Bonjour,

Il se trame quelque chose entre Paris et Troyes aujourd'hui.
Dans l'inconscient des papiers entassés, dans le geste manuscrit
de l'archiviste, dans les parcours poétiques de celui qui ne
veut pas lire, mais capter les traces.

La photographie a été inventée pour cela. Quand il s'agit de
photographier l'écrit, les livres, les cahiers, les notes,
les événements calligraphiés de la main malhabile du scribe,
on se trouve à ce carrefour de ce qui signifie et de ce qui
signe fit.

Nicolas Taffin prépare une exposition à Troyes. Une mission
en basse archive : photographier et donner à voir les 17
kilomètres d'archives de l'Aube. Cartons, papiers, rubans,
encre et plumes. L'administration de l'histoire et l'histoire
des administrés comme matériaux d'une quête photographique.

Nicolas avait commencé ce travail de numérisation de l'émotion
de l'écrit, ce qu'aucun logiciel OCR ne pourra jamais approcher,
avec les illustrations du livre "Livre," de Michel Melot.
Il continue à arpenter les mots écrits et les supports.

Numériser, ce n'est pas seulement changer de support, c'est
redonner à lire, à voir et à émotionner. La "photographie
numérique" ne fait pas de photocopies, elle invente le regard
pixélisé.

Mais bon, faut déjà avoir le regard....

L'exposition ouvre du 24 avril au 24 juin aux Archives
de l'Aube à Troyes (de 9h à 17h... sauf week-end)

En attendant, le travail laisse lui aussi des traces numériques.
Sur le web de Nicolas :
<a href="http://www.polylogue.org/commentaires.php?id=124_0_1_0_C">http://www.polylogue.org/commentaires.php?id=124_0_1_0_C</a>

Un avant goût.
En en attendant d'autres...

Hervé Le Crosnier

PS: Disclaimer : Nicolas est mon ami, vous auriez deviné.

Réponse et réflexions sur l’image de Jack Kessler :

Hi Hervé,

I have added references to N. Taffin’s exhibit, on my FYIFrance « calendar » — maybe we’ll get some visiting Yankees & Brits to see it, devalued dollar & sterling or not — you and he and anyone else can view the annonces at —

http://www.fyifrance.com

— I have included your own email text there in toto, in the first of 3 entries, only the one for April, thinking this would be OK with you?

You make very interesting points, in your posting :

Il se trame quelque chose entre Paris et Troyes aujourd’hui. Dans l’inconscient des papiers entassés, dans le geste manuscrit de l’archiviste, dans les parcours poétiques de celui qui ne veut pas lire, mais capter les traces.

I used to think « history » had captured it all. Then I lived some of it myself, and discovered to my amazement just how inaccurate and incomplete the historians always are.

How to describe the foibles and personal life and attitudes of Henri IV, 500 years after? Impossible… even if one is Henri IV himself. There is too much variety, too many salient details: the best we can do is traces, just as you say.

And our « science » does no better. I learned this early: history captivated me, for a while, as science never did. But I alsp learned that all scientists proceed from old paradigms, and within new ones… Well, that makes it easy: tidiest way to deny reality is to define it to suit yourself.

So, traces — you make a good point –reality is too immense, traces are what we have.

La photographie a été inventée pour cela.

I am not certain that was the intention. More the result. Most early photographers were historians or scientists, in the above-mentioned senses. A few not, though: Nadar, Steichen maybe.

Eventually photography did free itself a bit, perhaps: the eye does see more than our verbal and written languages do, yes. I only realized this fairly late in life — my education was nearly entirely verbal, and written, so there I missed a lot.

Quand il s’agit de photographier l’écrit, les livres, les cahiers, les notes, les événements calligraphiés de la main malhabile du scribe,

La main malhabile du scribe… You have a gift for phrases.

on se trouve à ce carrefour de ce qui signifie et de ce qui signe fit.

The signifier and the signified… Another good phrase by you — not exactly the same idea, yours more that of semiotics — still, the same epistemology intention. So much, in our verbal and written and also photographic worlds, relies upon such embedded structures.

After years of studying it, I never was able to grasp epistemology: we know even less about what we ourselves know than we do about the knowledge of others, I finally decided.

So I studied politics — less the understanding each of us has than the frontier where such understandings meet — the common ground, also in some senses the fringe, la lisière.

I figured that was politics and I have not been disappointed: most often a dialogue des sourdes but occasionally a thrilling breakthrough. The Internet is the perfect place for me, for that: sometime-communication.

So that is what photography does, is it? What Taffin with his images of one medium in the « eye » of another is up to?

Have you ever seen David Douglas Duncan’s wonderful photo series of old Picasso eating a fish: how he first carefully sucks the flesh from the bones, then lays the skeleton delicately out on the plate, makes the mold, pours, casts — voilá an abstraction about symmetry and timelessness — Picasso, quizzed, probably would have replied, « No, it’s a fish. »

Nicolas Taffin prépare une exposition à Troyes. Une mission en basse archive : photographier et donner à voir les 17 kilomètres d’archives de l’Aube. Cartons, papiers, rubans, encre et plumes. L’administration de l’histoire et l’histoire des administrés comme matériaux d’une quête photographique.

I enjoyed his images in Melot’s book very much. I am sure these new ones will give me much insight, too, into the archival warehouses and library stacks in which I have spent so many happy hours — into me, too, always wondering why it made me so happy.

Taffin’s images have a tactile quality. The softness and hardness in them one can « feel » just by looking.

Nicolas avait commencé ce travail de numérisation de l’émotion de l’écrit,

L’émotion de l’écrit… again, your wonderful gift for phrasing… You must realize, though, that far too much writing contains far too little emotion. The 19th c did it — all that rationality, all that science — the Éclaircissement perhaps most to blame, for « liberating » us to such a dessicated fate.

ce qu’aucun logiciel OCR ne pourra jamais approcher,

Soit. The kids at Google don’t know what they’re missing…

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D’une autre archive…

image14 heures : ça y est ! une première version des archives de l’Internet est accessible à la BnF. Il te faut tout de même montrer patte blanche avec une accréditation pour accéder à l’un des douze postes situés au niveau « chercheur » (et non « public »). Mais une fois les épreuves franchies, le web français d’hier et d’avant-hier tu consulteras. (En attendant, tenter http://web.archive.org tu pourras). Remarque, vu qu’il y a pas mal de sites politiques archivés, et quand on sait ce que devient la promesse et la parole électorale au fil du temps, on comprend que l’accès y ait été un peu restreint.

Le travail fait : une identité-en-boîte-de-conserve (j’en ai une belle comme presse papier sur mon bureau), trois outils intégrés pour fonctionner ensemble : la Wayback machine, machine à remonter le web de Internet Archive, Nutch (moteur de recherche) et des parcours thématiques « éditorialisés ». La plus grande nouveauté selon moi devra malheureusement attendre encore : c’est une transformation de la présentation des résultats de la Wayback Machine. Patience… l’automne viendra vite.

Cette interface a été réalisée dans le cadre de la nouvelle charte BnF conçue par Franklin Desclouds (Des signes), au plus près de son esprit. J’ai bénéficié d’un code de base quasi-parfait qui venait de chez je ne sais pas qui d’Alsacréation – bravo. Ça fait plaisir de reprendre un code html + css qui est fait comme on pense qu’il faut faire… Le gros challenge, c’est que ce truc doit tourner uniquement dans IE6 (on en parle ici). Enfin on espère que ça évoluera vite.

Voilà. Pas de lien, faut aller sur place pour voir :-)

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Notes depuis l’archive

17 kilomètres d’archives. De là-bas, des pensées, des notes un peu décousues, en contact avec les documents. Mais le tissage (350 mètres environ) est commencé. Mettons ici quelques images avec et avant les mots.

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Effet de masse : 1700 images, 17 kilomètres d’archives à ce qu’on m’a dit. De tout. Même mon ordinateur a la tête qui tourne. Je dois avancer vite. Cela n’est pas si gênant pour le projet, qui se nourrit de spontanéité. On pourrait appeler ça une tentative d’épuisement…

Il me faut travailler avec l’imagination. Comme une simulation des usages possibles de l’archive. Ne pas hésiter à tisser des phrases avec les mots puisés. Les gens ici sont vraiment accueillants et semblent me faire vraiment confiance. Situation rare de liberté dans un espace clos :-)

Le document possède une indéniable force pédagogique. Cela n’a rien à voir de lire un chapitre dans une histoire de France, ou de tenir dans ses mains une fiche, une lettre, un ordre signé. L’archive est un lieu pour la conscience et l’émotion autant que pour le savoir.

Les documents sont également impressionnants dans le soin qu’on a pu apporter à leur constitution : composition typographique, calligraphie, ornementes, reliure, étiquettes. Je ne parle pas des plus anciens, des parchemins, mais aussi de ceux du XXe siècle. Une attention, du temps humain cristallisés sur le papier. Notre XXIe siècle, avec son Arial sur papier A4 extra blanc ne donnera pas autant de plaisir aux chercheurs de l’avenir.

L’administration a, dans le soin de l’enregistrement et la précision de son vocabulaire (consigné dans le gros dictionnaire de Block) quelque chose de grand autant que d’inquiétant. Une noblesse des strates. Les lieux, les personnes sont constitués, ils n’existent qu’écrits. Ici en registres.

Je ne sais pas pourquoi, mais à un moment, je me suis rappelé ici « l’inconscient ignore le temps » de Freud. J’ai pensé : l’administration, elle aussi ignore le temps. Avec l’impression de visiter un inconscient. Collectif, bien-sûr, et plein de refoulements (sociaux, juridiques). Quand je croise quelqu’un dans les magasins, c’est comme un événement qui fait quitter le temps « suspendu » ; envie de dire « bonjour », encore une fois, même si on s’est déjà vus plusieurs fois dans la journée. Une journée dans les magasins, ça pourrait être un mois, une heure, on ne sait pas.

Je parle de fil (d’Ariane) et je découvre que les archives sont pleines de fils. Je découvre même que les archivistes ont un nœud à eux, un drôle de nœud qui ferme les boîtes et est facile à défaire (pour moi c’est une vraie plaie de le refaire quand je l’ai défait).

En rentrant à Paris je vérifie une chose : oui, ces boîtes noires à ruban crème que je trouve au fil des rayonnages depuis quelques jours sont fabriquées dans le passage Dallery qui donne sur la rue de la Roquette, à deux pas de mon atelier.

Drôle d’impression de collecter par sondage, aléatoire ou instinctif : comme si cela me donnait une meilleure mesure de ce que je manque. « Bonheur de Proust, à chaque relecture, on ne saute jamais les mêmes passages ». En entrant dans les salles, la porte coupe-feu se referme plus vite que les néons ne s’allument, ce qui laisse le temps à mes yeux de s’accommoder à la minimale lumière verte de la diode du boîtier de sortie de secours. Au final, je me trouve bien dans cette obscurité verte.

La photographie in-situ n’a pas de limite : les défauts, difficultés de position, problèmes de lumière, de reflets, deviennent des interlocuteurs pour un dialogue. On négocie, je leur laisse de la place. Tout plutôt que de s’installer dans un confort de studio. Je deviens tolérant. C’est peut-être un signe de sortie de l’image.

Il m’est apparu qu’il manquait quelque chose dans cette série. Quel drôle de verbe que « prendre en photo ». Avec comme une iniquité : prendre. Moi j’ai envie de donner quand je prends : échanger. Surtout ici, avec toutes ces personnes qui ont laissé des traces. Alors il me semble logique d’apporter un peu d’archives à l’archive. Comme si ce n’était pas une question de pudeur ou d’impudeur mais simplement éthique : je comprends vraiment le sens de la phrase de Godard sur le travelling.

M’exposer un peu aussi, au sens fort du mot, et pas seulement muséographique. De manière moins codée que dans Livre, puisque les documents livrent le vécu dans cette forme plus crue, brute, un peu douloureuse. Mais avec humour quand même ;-)

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